Audomar, de chair et de craie.


Les ruines de l'abbaye Saint-Bertin, à Saint-Omer,

vues par Christine Vauchel.

    En arrivant à Saint-Omer, il y a de cela quinze ans maintenant, j’ai été immédiatement fascinée par le site des Ruines Saint Bertin. J’avais maintes fois parcouru le monde pour y visiter des sites archéologiques en quête de mystère sur les traces de l’histoire et là, je tombais nez à nez avec une véritable merveille. Dès lors, je savais qu’un jour ou l’autre je bâtirais un conte autour de ce lieu à la fois majestueux et déserté. Il fallait que j’invente une aventure, que je fasse vivre ce site autrement que par le rythme des visites guidées et la lumière des projecteurs. Cela n’est pas venu tout de suite. Ça a muri lentement. Aujourd’hui c’est chose faite ! Les héros de mon dernier conte pour enfants « Le trésor des Ruines Saint-Bertin » mènent l’enquête autour de l’ancienne abbaye.

  Quelques années auparavant, j’avais effectué des recherches de documents historiques qui allaient m’être utiles à nouveau pour imaginer ce conte. A l’époque, j’avais été sollicitée pour l’écriture de commentaires poétiques en vue d’une exposition de photos pour l’Office de Tourisme de la ville. Le photographe mettait en lumière des éléments du patrimoine architectural des principaux monuments de la région. L’histoire des Ruines de l’Abbaye Saint Bertin répondait en écho à l’histoire de la fondation de Saint-Omer. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Audomar ou Saint-Omer, le moine fondateur, le personnage incontournable de la ville. Audomar avait été nommé évêque de Thérouanne par le roi Dagobert 1er. Au septième siècle, Omer et ses compagnons étaient venus christianiser cette région. C’est ainsi qu’Ebertramn, Mommelin et Bertin fondèrent vers 650 l’une des plus anciennes et importantes abbayes bénédictines au nord de Paris. L’abbaye prospéra tout au long du Moyen Age et jusqu’à la Révolution. La cathédrale de Saint-Omer, quant à elle, n’était alors qu’une chapelle au VIIème siècle.

   Au-delà des événements de l’histoire, les clichés que je devais commenter, m’apprenaient à écouter les vielles pierres. Les détails sculptés de la cathédrale me soufflaient la poésie qui s’en dégageait : telle une bande dessinée, les œuvres d’art me racontaient les croyances, les craintes de la vie au Moyen Age. La documentation au sujet de la fondation de la ville était très riche, mais ce qui m’intéressait c’était le sentiment d’intrigue et d’inspiration poétique que les recherches faisaient naitre en moi. Les images défilaient dans ma tête, les quartiers, les hommes, les parfums du Moyen Age. J’imaginais les visages des bâtisseurs, des sculpteurs suspendus aux parois de pierre. Jusqu’à ce que je tombe face à face avec Audomar. Je découvrais son visage en gros plan sur le cliché bien net. La petite sculpture du moine trônait depuis des siècles sur la façade de la Cathédrale et je l’ignorais. Je passais tous les jours devant lui, sans voir le petit personnage parfaitement intégré au gigantesque mur de craie.


  

    A présent, je ne peux plus faire semblant. A chacun de mes passages, je me tourne pour l’apercevoir et le saluer. Je lui rends hommage comme à un ami disparu ! Une petite statuette de notre patrimoine, une trace indélébile à préserver longtemps, je l’espère, dans le paysage du Nord Pas de Calais.


Christine Vauchel.

Pour en savoir plus sur les ruines de l'abbaye Saint-Bertin, visitez ce site ou celui-ci.

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