"C'était mieux avant..."

Denis Albot à Radio Plus (Douvrin), en juin 2015

 

 

Le Centre historique minier de Lewarde,

par Denis Albot.

   Quand Christophe m’a demandé de participer à sa chronique « Le regard de l’écrivain », j’ai d’abord été très flatté par cette attention. Tout de suite après, je me suis dit « qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? ». Pour avoir lu les textes de mes illustres confrères, je savais que la barre avait été placée très haute. Un personnage de la région ? Je ne connais pas suffisamment l’histoire des Hauts de France (ou du Nord Pas-de-Calais Picardie si vous préférez) pour être à la hauteur de la tâche. Un lieu ? Même si je suis attaché à mes racines, je ne voyais pas de ville à mettre en valeur plus qu’une autre. Idem pour un monument, tant ils sont nombreux. J’étais donc en panne sèche. Ne voyez ici aucune allusion aux difficultés d’approvisionnement en carburant que certains subissent actuellement. Alors j’ai tenté d’écrire pour que l’inspiration vienne. En vain. Et Christophe m’a relancé. « Tu te magnes un peu pour mon texte ! » Oui, il peut être assez vindicatif parfois. Le hasard a fait que cet ultimatum ait coïncidé, à quelques jours près, avec ma visite du Centre Historique Minier de Lewarde et que mon éditrice vienne de m’envoyer un mail à propos de l’exposition temporaire actuellement programmée : « Écrire la mine ».  J’ai beau ne pas croire aux signes, ça faisait beaucoup de coïncidences. J’avais trouvé mon sujet.

La mine donc. 

Visite en famille au Centre Historique Minier de Lewarde, le 21 mai 2016.

   Petit-fils de mineurs, je n’y avais jamais mis les pieds. Honte à moi, je sais. Il faut dire que je ne m’attendais pas à cela. Du tout. J’imaginais une grande salle avec trois reliques et deux photos, un ancien mineur édenté en bleus de travail à l’entrée et un tunnel de dix mètres de long censé représenter le fond… Ceux qui y sont allés savent à quel point je me trompais.

 

Plan du Centre historique minier de Lewarde

 

   Au téléphone, l’hôtesse m’avait annoncé une heure de visite guidée et une autre heure pour les expositions. C’est bien trop court, surtout avec l’expo temporaire précédemment citée.

"Germinal" - Centre historique minier de Lewarde

   Une fois les billets pris, nous avons rejoint notre groupe au niveau de la « salle des pendus ».

Salle des pendus - Centre historique minier de Lewarde

   Première découverte, ce nom est une invention de journalistes. Jamais les mineurs n’ont employé ce terme. Pour eux, c’était la salle de bain, simplement. Et que leurs vêtements de travail soient suspendus au plafond n’était qu’une façon de gagner de la place, d’une part et de faciliter le nettoyage de la pièce, d’autre part. Un constat : l’impact des médias, quelle que soit l’époque.

    Puis ce fut la descente au fond. Ou presque. Pour des raisons de sécurité, notre visite des galeries s’est faite à quelques mètres à peine sous le sol dans un boyau reconstitué. Mais qu’importe. C’est tellement bien fait qu’on peut sans peine imaginer les conditions de vie des mineurs. On les découvre de façon chronologique. La visite commence par un bond dans le temps. Milieu du XIXème siècle. Le mineur, en vêtements de lin blanc (les moins onéreux) et espadrilles, travaille à genoux, accroupi ou allongé. L’obscurité, le bruit, la chaleur, la poussière… Et le risque permanent d’émanation gazeuse. Là encore, je connaissais le Grisou. Je lui imputais la catastrophe de Courrières.  J’imagine Emmanuel Prost* faire des bonds sur sa chaise en lisant ceci. Bref, il semblerait que la mort de ces 1099 mineurs soit à mettre sur le compte d’un coup de Poussière, l’inflammation de ces fines particules de charbon en suspension dans l’air. Encore une découverte pour moi.

   Au fil du temps, les conditions de sécurité et de protection ont évolué, en particulier après 1936. On a vu l’apparition des gants d’abord, puis des chaussures de sécurité, de la lampe frontale et aussi du masque qui, en raison de son inconfort, n’avait qu’une utilité restreinte, pendu au cou. Puis la mécanisation et avec elle, les exigences de rendement accrus. J’ai imaginé les gamins de huit ou dix ans, poussant à deux une berline de 600 kilos. Et le cheval qui, en raison de l’investissement qu’il représentait, était sans doute le mieux traité.

 

   Une claque ! Plein de claques en réalité. Cette visite a été la découverte d’un autre monde, finalement pas si lointain. Des conditions de travail exécrables. La mort au bout du tunnel et, à défaut, la silicose en guise de pactole pour la retraite.

  

   Qu’est-ce qu’il me restera de cette visite ? Un profond respect pour ces hommes, indéniablement. Nos parents, nos grands-parents… Je ne m’aventurerai pas à faire un parallèle entre la contestation que nous vivons aujourd’hui et cette époque. Ça n’a rien à voir ! Qui plus est, je garde mes avis pour moi, m’évertuant à ne pas déroger à cette maxime, inventée pour l’occasion : « Les opinions, c’est comme les testicules, on peut en avoir sans les montrer sur Facebook ». Mais désormais, quand on me dira « Ah ! Ben c’était mieux avant ! », je crois que je ne pourrais m’empêcher de répondre « Va voir un peu comment c’était, avant. »

 

* Emmanuel Prost : auteur notamment du roman La Descente des anges (éd. De Borée), qui a pour fil conducteur la catastrophe de Courrières de 1906.


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Retrouvez ses livres aux éditions Ravet-Anceau et Lunatique.

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