L'Avenue Van Pelt (Lens) - par Patrick Vast

 

La ville de Lens est avant tout un bastion de l’épopée minière ; on pourrait dire dans l’esprit « des Indes noires » chères à l’imaginaire de Jules Verne. C’est aussi une équipe de foot et le Louvre délocalisé de Paris.

 

Pour moi, ce fut d’abord et ça reste encore aujourd’hui, l’avenue Van-Pelt, ou plus exactement l’avenue Alfred-Van-Pelt, du nom de celui qui fut l’adjoint du maire Émile Basly. Cette artère se trouve dans le prolongement de la rue de la Gare ; ladite gare ayant par ailleurs la particularité de se présenter sous la forme d’une locomotive. La rue de la Gare, avec son hôtel, presque orphelin d’autres établissements devenus des friches à restaurer. Puis, quand on progresse à pied, on arrive à l’avenue Van-Pelt, celle qui nous intéresse. Où se situe la frontière entre la rue et l’avenue ? Apparemment, une plaque sur le bâtiment de la Caisse d’Épargne peut répondre à la question.

 

 

Les commerces deviennent alors rares, presque absents. Dans le clair-obscur d’un petit matin d’automne post-passage à l’heure d’hiver, on est plongé dans un univers de polars des années soixante-dix, ou encore une ambiance simenonienne intemporelle. Un rond-point doté d’un monument marque une seconde frontière, puisque l’on quitte la zone la plus urbaine de l’avenue pour une autre où, sans vraiment entrer dans la ruralité, on aborde un environnement verdoyant, agrémenté d’immeubles coquets, d’aspect tranquille. On continue toujours et encore, et on longe bientôt le commissariat, puis la CPAM. On ressent aussitôt l’impression d’arriver au bout d’un voyage, puisque l’avenue se termine curieusement en impasse. Il fut un temps où, durant la période des fêtes de fin d’année, une grue de bonne hauteur, agrémentée de guirlandes et de feux scintillants, égayait le paysage, lui fournissait un air de veillée. Mais la grue qui appartenait à une entreprise enserrée entre l’impasse et l’autoroute A21, dite rocade minière, a fini par disparaître, tout comme la société implantée sans doute depuis en d’autres lieux.

 

Plus de lumières de fêtes, et déjà la fin d’une époque pour le quartier.

 

C’est en novembre 2018 que tout s’est précisé. Sont arrivés des engins de chantier et des hommes casqués et bottés. Le grand chambardement a commencé. On a démoli, rasé, creusé, tout y est passé de chaque côté de la chaussée, dans les parcelles s’étendant à gauche, au-delà d’un garage automobile, et à droite, au-dessus de la CPAM. Les locaux d’un récupérateur de métaux qui avait abandonné l’endroit depuis une bonne décennie, n’ont pas échappé à la règle, de même que le troquet d’un vieux rockeur, qui a fermé suite à la mort brutale du tenancier par une journée d’un mois d’août ensoleillé. Adieu maisons et maisonnettes, petits immeubles. On a vu se dessiner des trous, des tranchées, le paysage s’est trouvé dégagé, on a regardé défiler distinctement les véhicules sur la rocade minière.

 

 

Depuis, tout a été rebouché et, malgré la sécheresse, l’été étant passé par là, la nature a repris ses droits, tout comme sur les terrils environnants où sont apparus des arbustes, et même, dit-on, des plantes qui seraient exotiques et ne pousseraient en principe, que sous les climats tropicaux.

 

Mais je garde en mémoire la phase aiguë des travaux, quand les terrains présentaient d’appréciables cavités. Dans l’esprit de l’auteur de polars que je suis, a cheminé l’idée que tout cela serait propice à la dissimulation d’un cadavre qui aurait toutes les chances d’être très vite recouvert, enterré pour l’éternité, disparu pour le commun des mortels. Ainsi cette avenue que je parcourais depuis des années pour me rendre au travail, était-elle devenue le sujet d’un roman, la quintessence d’une intrigue.

 

Le roman serait forcément noir, teinté pour les scènes nocturnes du halo d’un brouillard récurrent, et le titre Nuits grises s’est imposé d’emblée.

 

L’avenue Van-Pelt, une artère lensoise multiforme qui, sur les touches d’un clavier, a hérité d’un nouvel aspect, romanesque à souhait.

 

Par Patrick Vast


Patrick Vast est romancier, novelliste, chroniqueur radio,  mais aussi auteur-compositeur-interprète! Retrouvez ses livres, notamment Nuits grises, et son actualité, sur son blog.

À noter que Patrick a aussi créé sa maison d'édition, Le Chat moiré, spécialisée dans le polar psychologique, d'ambiance et d'atmosphère.

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Commentaires: 1
  • #1

    Yves Tancré (vendredi, 24 janvier 2020 13:37)

    a l'extrémité de l'avenue van Pelt se trouvait l'entreprise GENIE CIVIL DE LENS. c'est la grue qui était dans le parc de matériel qui était illuminée pendant les fêtes de fin d'année. Cette entreprise a été rachetée par la suite pae l'entreprise CARONI à MARCQ EN bAROEUL.