"C'était mieux avant..."

Denis Albot à Radio Plus (Douvrin), en juin 2015

 

 

Le Centre historique minier de Lewarde,

par Denis Albot.

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L'Abbaye du Mont des Cats

 

 

L' Abbaye du Mont des Cats,

par Magali Le Maître.

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L'Enduro du Touquet



L'Enduro du Touquet,

par Didier Hermand,

romancier, biographe et animateur d'ateliers d'écriture

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Un Géant de métal aux pieds de charbon



Un Géant de métal aux pieds de charbon,

par Michaël MOSLONKA.

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Le Serpent de Wazemmes


Le rond-point de la Solidarité, à Wazemmes,

vu par Thierry Moral.

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Stella-Plage, l'étoile hollywoodienne de la Côte d'Opale

Stella-Plage,

vu par Laurence Fontaine.

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Audomar, de chair et de craie.


Les ruines de l'abbaye Saint-Bertin, à Saint-Omer,

vues par Christine Vauchel.

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Un banc et une rencontre forte!


L'auteur José Herbert évoque sa rencontre avec Marcel Houdart, ancien déporté, natif de Noeux-les-Mines.

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La Pointe de la Crèche, un personnage?

La Pointe de la Crèche,

par Patrick S. Vast

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En route vers les tours!

Mont-Saint-Éloi,
vu par Philippe Masselot.

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Flash-back sur Lille 1

MON REGARD SUR LILLE 1

Par Yvon LE ROY

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Le vendredi, un lieu, un monument, un personnage historique du Nord ou du Pas-de-Calais, vu par un auteur de la région.

L'Abbaye du Mont des Cats

 

 

L' Abbaye du Mont des Cats,

par Magali Le Maître.

Abbaye du Mont des Cats
Abbaye du Mont des Cats - © Magalie Le Maître

 

   En direction des Monts de Flandres, on découvre que le Nord a ses collines, verdoyantes en toute saison, peuplées de fiers Flamands, d’estaminets et de clochers.

 

   Lorsque j’étais enfant, mes parents nous emmenaient régulièrement, mes sœurs et moi, nous promener sur ces « hauteurs » parsemées de villages pittoresques, aux noms imprononçables. Ma balade préférée se situait à Godewaersvelde, au Mont des Cats, parce qu’en premier lieu j’étais fière de connaître la signification de cette appellation : nous étions en vérité « au Mont des Chats ». Descendus de voiture, nous traversions un bois pentu, chamarré de violettes au printemps, un véritable enchantement. Puis nous gagnions une ferme nichée dans un coin de verdure, que je serais bien incapable de retrouver aujourd’hui. L’agriculteur y vendait des fromages de chèvre à vous damner, un condensé de bonheur campagnard que nous ramenions le dimanche soir en métropole lilloise et qui fleurait bon dans la cuisine toute la semaine. Mais l’ultime joie se trouvait tout en haut de la côte. Au détour d’une auberge, on apercevait soudain la perle cistercienne, l’abbaye dominant la plaine de son humble splendeur. À l’époque, je goûtais moins les prières que les cartes postales et bougeoirs multicolores proposés en boutique.

 

   Et si devenue grande, j’apprécie les bières et fromages que propose toujours la communauté des moines trappistes, j’aime plus encore me recueillir auprès des frères qui accueillent le public à la chapelle lors d’offices réguliers chantés. Mon préféré est la prière du soir, qu’on appelle Complies :

 

COMPLIES

 

La cloche sur le mont sonne, annonçant complies.

 

Par la porte du fond entrent les ombres blanches,

 

Leur pas glissant sous l’aube et sous leurs longues manches,

 

Emplissant de leur foi l’espace, sans un bruit.

 

 

Une note fragile invite à la prière

 

Et des psaumes anciens s’élèvent dans le chœur,

 

Les frères célébrant l’amour et le Seigneur,

 

Emplissant de leurs voix mon âme toute entière.

 

 

La pénombre enveloppe nos cœurs silencieux

 

Et la lumière inonde la Vierge Marie,

 

Le Salve Regina comme un hymne à la vie,

 

M’emplissant de la joie d’avoir retrouvé Dieu.


 

 

 

 

Retrouvez l'abbaye du Mont des Cats dans l'intrigue du roman policier Quelqu'un comme elle, de Magali Le Maître, aux éditions Fleur Sauvage.

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L'Enduro du Touquet



L'Enduro du Touquet,

par Didier Hermand,

romancier, biographe et animateur d'ateliers d'écriture

Un goéland porté par un courant nous toise

 

Étonné de nous voir, visiteurs hors-saison.

 

Le bleu du ciel succède aux teintes de l'ardoise

 

Et se mêle aux rouleaux qui agitent l’horizon

 

 

Pendant que les nuages forment de fous dessins

 

Un rugissement furieux déchire le silence

 

Mille chevaux d’acier défendent leur destin

 

Et leur fracas rageur hurle leur insolence

 

 

Tandis que secouée par d'effroyables spasmes,

 

Parfumée par l'essence ancrée en son sillage

 

La plage me raconte un carnet de voyage

 

Et la horde sauvage réveille mes fantasmes.

 

 

Mon esprit se partage entre remous et calme

 

Gladiateurs mécaniques ou cadence des flots

 

Leur rage me fascine et sa beauté me charme

 

Enfer et paradis font un étrange tableau.

 

 

L’enduro du Touquet aux multiples attraits

 

Et les eaux de la mer aux couleurs tourmentées

 

Font un curieux mélange où se perd mon regard

 

Et si je l’aime tant, ce n'est pas par hasard.

 

 

Peu à peu les lions vont paraître plus sages

 

Le soleil se couchera dans les flaques argentées,

 

Et la peine m’emplit de laisser ce rivage

 

Car le temps est venu de quitter Le Touquet

 

 

Quand le charme rompu, nous n'avons qu'à partir,

 

L’âme pleine des sourires, d’aujourd’hui et d’hier,

 

Visiteurs repliés, le cœur en bandoulière

 

La mer et l’amitié m’invitent à revenir.


Tout l'univers littéraire de Didier Hermand à retrouver sur son site internet!
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Un Géant de métal aux pieds de charbon



Un Géant de métal aux pieds de charbon,

par Michaël MOSLONKA.

Je vivais au Québec, à Sherbrooke, quand j'ai réalisé mon premier roman policier.


Quand j'écrivais, j'avais cette photographie devant moi. Photographie tirée d'un calendrier conçu par la mairie de Marles-les-Mines, en je ne sais plus quelle année. 2008-2009, peut-être. Photographie tirée d'un fort et récent épisode neigeux sur la commune.

Il s'agit du Chevalement du Vieux 2 de Marles-les-Mines. Il date de 1854.


Pour moi, il date de 1982. Année pendant laquelle, enfant, je quittais le pied d'un des terrils d'Auchel, qui trônait au fond de ma rue du Château d'eau, pour emménager dans une cité venant d'être construite à proximité de ce géant de fer. Une cité située entre le collège Émile Zola, le stade et l'école primaire Gambetta.


Pendant mon aventure québécoise, cette photographie m'a permis de garder un lien avec l'endroit d'où je venais – même si, géographiquement, j'avais quitté Marles-les-Mines depuis mes dix-sept ans ; donc bien des années en arrière.


Ce lien me rattachait à mon histoire familiale, à mon vécu et à mon expérience, et au futur. Un futur ouvert sur les routes du Monde.


Le Vieux 2, c'est un souvenir de gosse. C'est une enfance et une adolescence passées à côtoyer ce géant de fer et les broussailles qui poussaient, à cette époque, tout autour. Je vois encore parfaitement le terrain accidenté qui l'entourait, le petit bois juste à côté, avec le lierre qui poussait, et pousse encore, sur ses quelques arbres clairsemés – c'était vraiment un petit bois –, le morceau d'échelle en fer qui sortait d'une excavation de terre dure – signe d'un ancien puits minier situé juste en dessous. Et il y avait ce cimetière juste à côté, au-dessus les hirondelles volaient et évoluaient tels des boomerangs. Cimetière que je traversais régulièrement, mon géant de fer bien en vue, afin de me rendre chez mon ami d'enfance et chez mon cousin.


Cette photographie, je l'ai toujours. Elle est punaisée à mes côtés, tandis que j'écris ces lignes. Elle l'a toujours été. Elle le sera toujours.

C'est une sorte de phare dans ma vie d'adulte.


Un phare qui me raconte d' je viens. D'« ici » – d'Auchel et de Marles-les-Mines. Et d'« ailleurs » – de l'immigration ; polonaise me concernant.


Un phare qui me rappelle de qui je viens. D'une famille de mineurs et d'ouvriers. De Français et de gens venus d'ailleurs.


Un phare qui relie mon imagination à la réalité, et inversement. J'ai vécu ce beau moment quand la neige tombait et recouvrait le chevalement, flocon par flocon. La beauté de cet instant, l'émotion qui la nimbait, les sentiments que j'ai éprouvés cette journée-là, je les ai placés au cœur d'un roman sentimental se déroulant dans le Nord-Pas-de-Calais. Une scène de baiser au pied du Chevalement du Vieux 2, tandis que tombe la neige...


Un phare qui me fait penser au courage qu'ont eu hommes, femmes et enfants de s'attaquer au sous-sol. Il me fait penser à toute cette sueur versée à casser la terre, à la trier et à pousser le charbon. Il me fait penser qu'à l'époque, les enfants travaillaient. Il me fait penser aux sales coups. Coups de grisou, entre autres. Il me fait penser à la douleur de la mort et à la tristesse ressentie lors de la perte d'un être cher.


Je le trouve plein de fierté, ce Chevalement du Vieux 2. Un géant fier du courage des gens qui se sont agités sous ses pieds de charbon. Certainement fier aussi qu'un certain Émile Zola s'en soit inspiré pour Germinal. Pouvantalors montrer la réalité couverte de sueur, de sang et de larmes des mineurs de fond – Émile Zola étant venu sur le site à la suite de la catastrophe des 28 et 29 avril 1866.


Oui, je le trouve plein de fierté. Fier de rester debout, malgré les mauvais coups.


Et s'il est ainsi toujours à la verticale, élément d'un passé douloureux dressé au milieu d'un présent couvert d'herbe verte, de chemin de cailloux blancs et de bancs publics, sur lesquels les amoureux s'embrassent, ce n'est pas de sa volonté. Les objets, à l'instar de l'idéologie et des symboles, n'ont pas de volonté propre tant que l'individu, qui est en nous, ne le décide.


Cette photographie me dit que ce sont bien les individus qui décident de ce qu'ils feront de la douleur et de la peine engendrées par les sales coups de grisou. Qu'il ne tient qu'à une volonté humaine de transformer passé, présent et avenir en beauté, tel un artiste faisant d'une boue visqueuse et grisâtre un chef d’œuvre. Un chef d’œuvre qui permet de ne pas oublier, tout en se tournant vers autre chose. Un « autre chose » où l'horreur du passé est ensevelie par ce que le futur peut engendrer de meilleur, quand les Hommes, collectivement et individuellement, savent s'entourer de ce qui est beau, de ce qui est juste. De ce qui est justement beau – pour soi-même et pour les autres. Quand ils le veulent. Lorsqu'ils décident de ne pas céder à la facilité.


Michaël MOSLONKA

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Le Serpent de Wazemmes


Le rond-point de la Solidarité, à Wazemmes,

vu par Thierry Moral.

Le Serpent de Wazemmes

Thierry Moral

 

   L'anneau de Möbius situé au milieu de la rue des Postes fait partie du quartier de Wazemmes comme une évidence. Son vrai nom est le rond point de la Solidarité, mais la plupart des gens du quartier l'appellent le rond point du Serpent. Cette œuvre est de Marco Slinckaert, artiste qui était membre des Capenoules, qui l'eût cru ! Ce n'est qu'à l'âge adulte que j'ai fréquenté cette partie du quartier. J'habitais alors au 9 rue Louis Faure, donnant sur la rue des Postes, les épiceries ouvertes la nuit, les nombreux cafés, kebab et ce fameux serpent. Je ne m'étais jamais intéressé plus que cela à cette curieuse sculpture. Trois événements m'ont fait m'y pencher.

 

   Le premier, a été un retour de soirée tardif du Biplan – salle de spectacle mythique située au 19 rue Colbert où j’œuvrais bénévolement par passion du théâtre - où j'ai surpris une bande de fêtards se photographier en faisant une sorte de chaîne d'éléphants tout autour du rond point. Combien étaient-ils ? Je ne sais pas, je n'ai pas compté, mais l'image était éloquente. Le deuxième, a été une conversation improbable avec un type passablement alcoolisé au café le Modjo. Il avait une théorie : sous ce serpent, se trouvait une sorte de vaisseau spatial d'Alien qui attendait le bon moment – la fameuse prédiction de Paco Rabanne sur la fin du monde – avant de s'activer ! La troisième, a été l'amicale invitation de Christophe Sueur à écrire un texte sur un lieu qui m'avait marqué dans la région.

    Je me suis souvenu de ce serpent sous la neige, la pluie battante, son bassin d'eau gelé, ou encore brillant sous un soleil de feu… Il symbolise l'infini, à ce que l'on dit. Je veux bien le croire. Aussi improbable que banal - pour les habitués - cette création déroule un ruban sans fin que l'on peut regarder sous tous les angles, toutes les lumières, toutes les saisons ; sans jamais s'en lasser. Elle raconte toujours une histoire différente. Je n'ai pas forcément vécu de choses fortes, fondamentales, ou bien marquantes sur ce lieu ; mais disons qu'il concentre tous mes souvenirs sur ce quartier, comme des bribes de mémoires qui seraient réunies sur un gigantesque ruban...

 

   Il m'est impossible de parler du quartier de Wazemmes, sans évoquer ma grand-mère : Odette Monchecourt. Un large maillon de ma chaîne de souvenirs. C'est elle qui m'a transmis son franc parlé et son patois du Nord, comme une seconde nature. Je ne suis pas un spécialiste – ni du patois, ni du quartier – mais ces racines sont ancrées en moi. Ma grand-mère venait me chercher à l'école catholique de Wazemmes : le Sacré Cœur. Elle était située rue Manuel. Aujourd'hui, on trouve à la place un trou béant menant sur un parking sous-terrain. À cette époque, le métro n'existait pas. L'emplacement de la station de métro Gambetta était une sorte de terrain vague, où il ne faisait pas bon traîner le soir. À la sortie de l'école, ma grand-mère m'appelait « Ma loute ». Parfois, c'était « Mon petit Jésus ». Le summum de la honte, c'était quand j'avais le malheur d'avoir un truc mal essuyé sur le coin des lèvres, alors elle sortait son mouchoir en tissu, le mouillait avec sa langue et me nettoyait devant tout le monde. Mais après l'école, lorsque le temps le permettait, elle m'emmenait au petit parc de la Place Philippe de Girard, donnant sur la rue Nationale. J'avais droit à un petit pain au chocolat, voire deux. Cela rattrapait tout.

 

   Marcher dans les rues de Wazemmes avec ce petit bout de bonne femme, c'était quelque chose. Elle tenait en laisse son chien Ninette. Une sorte de papillon qui était mauvais comme une teigne. Lorsque les gens se plaignaient de son chien qui mordait parfois des passants, Odette rétorquait « Il n'est pas aimable, mais adorable ! ». Tel maître, tel chien.

 

   Le dimanche matin, nous faisions le marché. Il fallait être sur place dès 06h00 du matin, pour faire tout le tour afin de choisir l'étalage le moins cher ! Au final, sur le coup de 10h00, nous revenions toujours au même endroit… Chaque dimanche, elle râlait parce que c'était trop cher ! Mes sens étaient mis en éveil avec toutes ces effluves, ces images, ces rencontres... Lorsqu'à l'âge adulte, je suis allé en déplacement dans d'autres villes et que je me suis retrouvé dans des marchés, j'étais souvent déçu. Pour moi, le marché, c'était Wazemmes. Ce maillon du ruban de souvenirs est encore très vivant ! Ces matins-là, je n'avais pas le temps de m'ennuyer. Par contre, les après-midi, la lassitude venait souvent me rendre visite. Quand j'osais dire à ma grand-mère « Mémé, je m'embête un peu... », elle me répondais : « Tu t'embêtes ? Alors, assis teu sur l'pas deul' porte et regarde les gens passer. » J'en ai vu passer des gens devant le 8 rue Meurin à Lille.

 

   Un peu plus tard, je suis passé à l'école rue des Stations. Pour s'y rendre, il fallait descendre la rue Gambetta. Sur l'immense mur bleu était peint une fresque, avec un motard ou quelque chose dans ce genre. Les tags et graffs ne faisaient pas légion. Johnny Hallyday était venu tourner un clip devant cette peinture murale ! Ce mur était devenu culte, puis le garage a changé de propriétaire, la peinture a été refaite... On ne se souvient plus forcément de cette histoire de Johnny dans le quartier, par contre, tout le monde se souvient d'un autre Johnny : Johnny Guitare ! Une sorte de brigand, clochard, bon à rien, sauf du pire ; qu'il ne valait mieux pas croiser seul dans la rue. Certaines histoires restent accrochées au ruban, d'autres non...

 

   Le temps a passé. Nous avons vécu quelques temps dans un petit appartement rue Sainte Barbe, tout près de mon école ; puis nous avons déménagé ailleurs : Lomme – Délivrance, le village en Flandres à Marquette lez Lille... Ce n'est qu'après mes études que je suis revenu habiter à Wazemmes, rue Louis Faure. Le quartier avait bien changé. Il s'était assagi, rajeuni, « bobo-isé » ; mais une certaine forme de diversité continuait d'y régner.

 

   Nous commencions à avoir des doutes sur la santé de ma grand-mère. Je venais manger avec elle et lui faire ses courses. Nous nous doutions de quelque chose, sans oser prononcer le mot : Alzheimer. Un soir, alors que j'étais dans une soirée avec des fonctionnaires, des enseignants et des bibliothécaires ; ils se sont mis à raconter leur formation. Ils ne pouvaient pas faire autrement que d'évoquer « La vieille folle qui balançait des seaux d'eau sur la moto d'un tel, ou qui sortait en peignoir pour gueuler en patois incompréhensible sur un autre tel qui avait osé poser son gobelet de café sur son appui de fenêtre ». J'ai coupé court en demandant l'adresse. Le CNFPT se trouvait au 10 rue Meurin. Alors j'ai lancé à la cantonade : « Vous inquiétez pas, c'est ma grand-mère ! ».

 

   La maladie a fait son chemin. Ma grand-mère a quitté sa demeure pour une maison de retraite. Puis est arrivé ce qui devait arriver. Pendant un temps, j'ai évité la rue Meurin, pour ne plus trop me replonger dans mes souvenirs ; mais en longeant la rue Gambetta, je ne pouvais jamais m'empêcher de jeter un œil sur cette maison… « Avec le temps va, tout s'en va », dit le poète ! Il n'a pas tort. Mon amour pour ce quartier a fini par s'effriter, les loyers ont grimpé, la population a vraiment changé ; alors j'ai fini par quitter le quartier de mon enfance. J'habite désormais à Loos-lez-Lille dans une tranquille maison 1930. Bien entendu, je fréquente encore Wazemmes. Cette ancienne boucherie, devenue une « boîte à rire ». Le marché, les halls, le Biplan, le Stout, le Bateau- Livre... Lorsque que je rentre chez moi en vélo, je passe souvent par ce serpent, comme s'il n'existait pas d'autre chemin ; ou juste par plaisir de recoller les morceaux de ma mémoire par encore trop éparpillée. Le serpent se mord la queue, la boucle est bouclée et mon histoire est terminée.

 

Thierry Moral

Auteur – Conteur - Comédien

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Stella-Plage, l'étoile hollywoodienne de la Côte d'Opale

Stella-Plage,

vu par Laurence Fontaine.

 

Stella- Plage, l’étoile hollywoodienne de la Côte d’Opale.

 

   Un labyrinthe de chemins à travers les dunes, des remparts d’oyats blonds sous une lumière gris perle et une langue de mer qui court vers l’horizon. Tel est mon souvenir de la petite station balnéaire de Stella plage, où j’ai passé mon enfance, dans les années 70.

Les dunes de Stella-Plage
Stella-Plage / crédit photo : Laurence Fontaine

   À l’époque, il y a de cela quarante ans, ce petit paradis sauvage n’avait pas encore été bétonné par les constructions immobilières modernes. Les Blockhaus de la 2ème guerre mondiale hantaient de leur massive silhouette sombre le bord de mer. Les petits commerces, la poste, le cinéma de Stella, étaient vintage sans le savoir, tout comme les villas aux façades pastels, rigoureusement alignées autour d’un plan en étoile, à la géométrie aussi angulaire que celle d’une petite ville américaine des années 50. Enfant,  j’arpentais à pied ou à vélo chaque recoin de Stella, munie d’un appareil photo et d’un carnet où je dessinais et notais ce que je voyais lors de mes promenades. C’était, disais-je parfois en plaisantant à demi, le seul endroit de France qui me faisait penser à l’Amérique. Une Amérique fantasmée dans le Pas-de-Calais, alors que je n’avais jamais traversé l’Atlantique ; mais combien d’heures ai-je passé à contempler ce bras d’Atlantique qu’est la mer du Nord, depuis le rivage, tout en imaginant l’autre rive !

 

   Il m’a fallu longtemps pour découvrir, bien des années plus tard, à la faveur de la diffusion de quelques films à la télé, que je n’avais pas été la seule à aimer passionnément ce territoire venteux, froid, mais O combien stimulant pour l’imaginaire. Brièvement à l’écran, mais chaque fois dans des films cultes, Stella a eu les honneurs des salles obscures et au fil des ans, des cinéastes prestigieux sont venus poser leur caméra entre les dunes et la mer de Stella.

   Au milieu des années 70, la petite ville avait des accents hollywoodiens sans le savoir, presque à son insu : le glamour en moins, le côté sauvage en plus. A trois kilomètres de la station balnéaire riche et luxueuse du Touquet-Paris Plage, Stella se cachait, timide, vouée au vent et à la solitude.

 

   Est-ce le mystère des lieux qui envouta le réalisateur Bertrand Blier ? Un matin frileux de l’automne 1973, le jeune cinéaste décida de poser sa caméra au sommet de la plus haute dune pour le tournage de son troisième long métrage, Les Valseuses. Avec lui, deux jeunes comédiens encore peu connus du grand public avaient fait le déplacement depuis Paris : Patrick Dewaere et Gérard Depardieu s’élancent en vélo du haut de la dune. Dans le film, les lieux ne sont pas mentionnés. On est hors saison, quelque part en France : Une plage vide, balayé par le vent, des rues désertes, des commerces fermés, des villas qui semblent à l'abandon... Les deux compères errent dans Stella. Film d’errance, road-movie à la française sur les débris des espérances de mai 68, Stella ressemble à la fin d’un rêve de liberté. La scène s’y déroulant est courte, mais on reconnait la rue principale et le tabac-journaux, bazar à souvenirs. Son bric-à-brac joyeux n’échappe pas à la caméra. Quelques instants plus tard, la caméra repart avec les héros vers le sud, mais la lumière de Stella inspirera d’autres films mythiques du cinéma français.

 

   En 1981, dans Garde à vue, avec Lino Ventura, Romy Schneider, le réalisateur Claude Miller place les scènes « criminelles » évoquées par Serrault lors de sa confession au commissaire. Plusieurs plans du film restituent une ambiance à la Simenon sur la digue où est garée la voiture du suspect puis dans un restaurant du bord de mer, à la nuit tombée.

 

   En 1981 également, une autre séquence est tournée sur la plage de Stella. Dans Le Choix des armes, le réalisateur Alain Corneau filme de nouveau Gérard Depardieu. C’est l’hiver, la mer est agitée de rouleaux d’écume hauts comme des murs. Auprès de sa Peugeot 404 bleu ciel, Depardieu contemple le ciel d’un gris de plomb et la mer déchainée, les blockhaus enfouis dans le sable forment derrière lui un rempart. Dans cette séquence de 2 minutes, Mickey le truand, joué par Depardieu, invite sa petite fille à quitter la voiture pour partir avec lui à la découverte de la mer et des flots. Une musique de jazz, composée par Philippe Sarde, accompagne leur quête. Quand Mickey prend dans ses bras sa fille et l’embrasse, tout semble possible pour le truand redevenu humain et paternel. Il me vient alors les mots d’un autre artiste, lui aussi amoureux de la côte d’Opale : Milan Kundera, dont le regard d’écrivain s’est aussi, un jour, posé sur les flots de la mer du nord : « Que pouvons-nous demander de mieux que d’être heureux un instant ? »

 

   C’est ce que la Côte d’Opale, le cinéma et la littérature m’ont apporté. La possibilité d’être heureuse un instant. Et pour cette rubrique crée ici, j’ai donc pensé que Stella-Plage était la plus belle illustration que je pouvais vous livrer de ma notion du bonheur, en mode « nordique ».

Photo de Stella-Plage
Stella-Plage / crédit photo : Laurence Fontaine

Laurence Fontaine

auteure - scénariste


14 octobre 2015


Référence de la séquence évoquée dans Le Choix des armes, ici.

Laurence Fontaine est née à Lille. Professeur d’histoire, passionnée par le monde anglo-saxon, elle a souvent parcouru l’Irlande et les Etats-Unis. Noir dessein en verte Erinn, un de ses deux romans policiers sur l’Irlande contemporaine, a obtenu le Prix du Goeland masqué en 2010. Son roman d’aventure Bleu Eldorado, publié aux Editions Les Nouveaux Auteurs, un road-movie musical et littéraire, a reçu en janvier 2013 le Grand Prix du roman d’évasion et le prix littéraire de la ville de Somain. Elle vient de terminer son quatrième roman et écrit actuellement des scénarios de documentaires pour la télévision.

Retrouvez Laurence Fontaine sur son blog!

Et son dernier roman paru, Bleu Eldorado (Les Nouveaux Auteurs), sur la page Facebook dédiée!

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Audomar, de chair et de craie.


Les ruines de l'abbaye Saint-Bertin, à Saint-Omer,

vues par Christine Vauchel.

    En arrivant à Saint-Omer, il y a de cela quinze ans maintenant, j’ai été immédiatement fascinée par le site des Ruines Saint Bertin. J’avais maintes fois parcouru le monde pour y visiter des sites archéologiques en quête de mystère sur les traces de l’histoire et là, je tombais nez à nez avec une véritable merveille. Dès lors, je savais qu’un jour ou l’autre je bâtirais un conte autour de ce lieu à la fois majestueux et déserté. Il fallait que j’invente une aventure, que je fasse vivre ce site autrement que par le rythme des visites guidées et la lumière des projecteurs. Cela n’est pas venu tout de suite. Ça a muri lentement. Aujourd’hui c’est chose faite ! Les héros de mon dernier conte pour enfants « Le trésor des Ruines Saint-Bertin » mènent l’enquête autour de l’ancienne abbaye.

  Quelques années auparavant, j’avais effectué des recherches de documents historiques qui allaient m’être utiles à nouveau pour imaginer ce conte. A l’époque, j’avais été sollicitée pour l’écriture de commentaires poétiques en vue d’une exposition de photos pour l’Office de Tourisme de la ville. Le photographe mettait en lumière des éléments du patrimoine architectural des principaux monuments de la région. L’histoire des Ruines de l’Abbaye Saint Bertin répondait en écho à l’histoire de la fondation de Saint-Omer. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Audomar ou Saint-Omer, le moine fondateur, le personnage incontournable de la ville. Audomar avait été nommé évêque de Thérouanne par le roi Dagobert 1er. Au septième siècle, Omer et ses compagnons étaient venus christianiser cette région. C’est ainsi qu’Ebertramn, Mommelin et Bertin fondèrent vers 650 l’une des plus anciennes et importantes abbayes bénédictines au nord de Paris. L’abbaye prospéra tout au long du Moyen Age et jusqu’à la Révolution. La cathédrale de Saint-Omer, quant à elle, n’était alors qu’une chapelle au VIIème siècle.

   Au-delà des événements de l’histoire, les clichés que je devais commenter, m’apprenaient à écouter les vielles pierres. Les détails sculptés de la cathédrale me soufflaient la poésie qui s’en dégageait : telle une bande dessinée, les œuvres d’art me racontaient les croyances, les craintes de la vie au Moyen Age. La documentation au sujet de la fondation de la ville était très riche, mais ce qui m’intéressait c’était le sentiment d’intrigue et d’inspiration poétique que les recherches faisaient naitre en moi. Les images défilaient dans ma tête, les quartiers, les hommes, les parfums du Moyen Age. J’imaginais les visages des bâtisseurs, des sculpteurs suspendus aux parois de pierre. Jusqu’à ce que je tombe face à face avec Audomar. Je découvrais son visage en gros plan sur le cliché bien net. La petite sculpture du moine trônait depuis des siècles sur la façade de la Cathédrale et je l’ignorais. Je passais tous les jours devant lui, sans voir le petit personnage parfaitement intégré au gigantesque mur de craie.


  

    A présent, je ne peux plus faire semblant. A chacun de mes passages, je me tourne pour l’apercevoir et le saluer. Je lui rends hommage comme à un ami disparu ! Une petite statuette de notre patrimoine, une trace indélébile à préserver longtemps, je l’espère, dans le paysage du Nord Pas de Calais.


Christine Vauchel.

Pour en savoir plus sur les ruines de l'abbaye Saint-Bertin, visitez ce site ou celui-ci.

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Un banc et une rencontre forte!


L'auteur José Herbert évoque sa rencontre avec Marcel Houdart, ancien déporté, natif de Noeux-les-Mines.

     Un lieu. Un personnage historique. Je vais m’éloigner des clichés en la matière, genre château du seigneur Machin, ou site des multiples caps, ou musée Théodule, qui abondent dans la région, m’éloigner aussi des people historiques, genre De Gaulle, Robespierre ou autre François Vidocq, qui abondent itou dans la même région, pour vous narrer ma rencontre avec un lieu symbolique, un banc banal en l’occurrence, et un personnage qui ne l’est pas moins, prénommé Marcel, comme vous et moi, ordinaire certes mais ô combien victime de la nature humaine, dans ce qu’elle a de pire, la barbarie, la haine, le racisme, la brutalité, en un mot, le nazisme.

Digue promenade de Berck-sur-Mer
Digue promenade de Berck-sur-Mer

   Ce banc existe. Il vous tend ses bras si vous effectuez une balade à pieds sur la digue promenade de Berck. Cette digue, magnifique, très bien aménagée, court de la base nautique de la ville, située sur l’un des deux flancs de la baie d’Authie, l’autre flirtant avec la station de Fort-Mahon, jusqu’à ce que d’aucuns appelle « l’entonnoir » car il en a la forme triangulaire, à l’approche du centre-ville. Parkings, jeux pour adultes et enfants, commerces et restaurants divers se côtoient ici au mitan d’une sympathique odeur de frites mêlée à l’iode, aux fientes et aux cris des cormorans. Deux kilomètres environ pour brûler des vilaines calories et en même temps s’émerveiller du spectacle de la mer, que je ne décrirai pas car d’autres l’ont fait mieux que je ne le pourrais jamais. La mer qu’on voit danser… Elle danse en effet la gigue de Dame Nature et offre son plus beau visage quand le temps est mauvais à marée haute, l’étiage de basse mer découvrant pour sa part des bancs de sable sur lesquels batifolent mollement des phoques, trop, paraît-il, car ces veaux marins ont la mauvaise idée de se régaler de poissons plutôt que de hamburgers, au grand désespoir des pêcheurs locaux.

 

   Au mitan de cette digue promenade se trouve une croix latine démesurée, dont la croisée du transept supporte un Christ blanc de peau, au pagne bleu. Un tout petit Christ, dont les pieds ne toucheraient terre si par hasard il lui venait l’idée de descendre de sa grevance pour s’installer sur ledit banc de la dite digue, qu’il aperçoit devant lui.

 

   A droite de l’élu, se dresse comme un phallus le phare de Berck, colonne de béton de plus de 40 mètres de haut, cerclé de cylindres rouges et blancs, qui complètent de façon patriotique le bleu du pagne chrétien.

 

   Et puis derrière le banc, derrière le Christ, derrière le phare, derrière les dunes et les oyats qui balancent leur tête sous la force de la brise, en fond d’écran, s’étalent, de droite à gauche et inversement, les imposants bâtiments de l’hôpital maritime. Sinistres ! Ô combien sinistres ! Ô combien cafardeux ! Même le soleil, parfois agressif malgré les embruns, ne parvient pas à colorer d’un chouia de bonheur leurs briques rougeâtres, leurs petites fenêtres aux vitres occultées, les immenses pans de béton salement jaunâtres, les ardoises sans âme. Quel vertige m’étreint quand, déambulant sur la digue, je suis contraint d’embrasser par mon regard l’horrible hôpital ! Est-ce l’idée des souffrances qui s’expriment à l’intérieur, des cris de douleurs, des vies à leur fin, des chairs qui se déchirent, tandis que sur la digue vaquent des touristes en short, souriants et replets, traînant parfois leur toutou au bout d’une ficelle ?

Hôpital maritime de Berck-sur-Mer
Hôpital maritime de Berck-sur-Mer

   Je m’assois sur le banc, devant le Christ au pagne bleu et je regarde la mer. Je tourne le dos à la sinistrose que je ne peux voir. Mon imagination a trouvé le lieu de prédilection de l’héroïne de mes romans, Samantha, la grande faucheuse, squelette emblématique, encapuchonné, qui parcourt le monde et fauche les vies. Oui ! Samantha viendra réchauffer ses vieux os ici, sur ce banc, et s’empiffrera avec les goulées d’iode dispensées à profusion par la substance liquide. C’est bon pour les os, dit la médecine ! Elle observera la mer et tiendra conversation avec le Christ blanc au pagne bleu. Le Christ lui parlera des gens qui souffrent, derrière eux, ainsi que de Marcel, le brave Marcel qui avait de la chance. Alors, vous qui passez par là, ne vous asseyez pas sur ce banc, au mitan de la digue de Berck, vous risqueriez de vous asseoir sur les rotules de Samantha, et elle n’aime pas ça, la coquine !

 

   Marcel a eu de la chance. C’est du moins ce qu’il prétend. Marcel Houdart est devenu conférencier. Il est le personnage « historique », autre sujet de mon propos. Il n’a pas sa photo dans les livres. On le connaît beaucoup moins que les « Zistoriques » cités au début de mon texte. Je l’ai écouté alors qu’il racontait à des collégiens son parcours de vie. Près de lui, sur une chaise, il avait posé ce qui me semblait être une lanière en cuir.

 

   Marcel est né à Nœux-les-Mines, près de Lens, en 1924. En 1942, il rejoint la Résistance. Il fut dénoncé, torturé au nerf de bœuf par la Gestapo, déporté en camp de concentration, enfin promis, avec ses compagnons, à la noyade dans la mer Baltique, après une marche pénible pour y parvenir. Tous furent sauvés ensuite par le gong. Les pauvres bougres, réduits à l’état de bête par la malfaisance de l’espèce humaine, échappèrent à une mort certaine grâce à l’arrivée des américains.

 

   Marcel a ces mots étonnants :

 

   — J’ai eu de la chance, dit-il, j’ai menti à la Gestapo qui m’a torturé pour que je le lui signale où se trouvait une cache d’armes. Ils m’ont fait creusé à l’endroit indiqué et n’ont rien trouvé. Ils n’ont pas insisté !

 

   Il a vraiment eu de la chance, Marcel. Puis :

   —J’ai eu de la chance, ajoute-t-il encore, j’ai pu travailler à l’infirmerie du camp, où mon rôle consistait à inscrire sur la cuisse des cadavres, avec un crayon qu’il fallait mouiller de salive pour qu’il marque, ce qu’il y avait à récupérer sur le corps : des dents en or, des cheveux etc.

  

   Il a vraiment eu de la chance, Marcel.

  

   Il a décortiqué les arbres, lui et ses compagnons, dont il a sucé l’écorce pour calmer les crampes de son estomac, s’est battu pour déguster les maigres touffes d’orties et les pissenlits amers. Il a constaté que certains cadavres ont été retrouvés amputés de morceaux de chair sur les cuisses. Il en a eu de la chance, Marcel !

  

   —Il ne faut pas confondre le camp de concentration et le camp d’extermination, explique Marcel devant les enfants. Dans le premier, on meurt de faim, de froid, de maladie, ou des coups répétés délivrés par les kapos ; Dans le second, les individus ont vocation ( !), dès leur arrivée, à finir rapidement dans les flammes du four crématoire. Nuance !


   « J’ai eu de la chance » dit Marcel en souriant ! Ce qu’il a vécu est pourtant un enfer, une monstruosité, une horreur difficilement imaginables.


   Marcel a terminé son exposé en montrant à l’assemblée attentive ce qu’il lui restait de son périple forcé en pays voisin, une ceinture en cuir, abîmée, cassée. Il brandit la lanière de cuir qu’il avait posée sur la chaise.


   — 21 centimètres, voilà la mesure de mon corps au niveau de la taille quand je fus laissé pour mort et découvert par les troupes alliées. Je pesais 35 kilos.


   Je regardai avec fascination l’objet en question, qui avait côtoyé le four crématoire, reçu probablement des coups de la part des kapos, traîné dans la vermine, les excréments, la bile et les humeurs, s’était frotté aux cadavres décharnés, amputés. Je m’étonnai de sa banalité. Il eût été à terre que l’on n’aurait guère fait l’effort de le ramasser. Combien d’objets, comme cette ceinture, à l’abord misérable, sont pourtant chargés des misères de l’humanité !

 

   J’invite Marcel à rejoindre Samantha, la grande faucheuse à la faux étincelante maculée par endroits du sang de ses victimes, et le Christ au pagne bleu, sur le banc de la digue promenade de Berck, devant le phare rouge et blanc, devant le sinistre hôpital maritime, devant l’immense croix latine, devant les nappes d’oyats frissonnants, pour leur poser quelques questions :

 

   - Comment se fait-il que des hommes ont fait ça à d’autres hommes ? Comment se fait-il qu’actuellement partout sur la planète on entend des bruits de rangers, on bâtit des murs pour séparer les Etats ?

 

   Que Marcel puisse encore longtemps témoigner, à la face du monde, auprès des jeunes et des moins jeunes et dire jusqu’à quelles extrémités peut nous amener la bestialité, encore que la cruauté soit un sentiment inconnu de nos amies les bêtes, et le racisme, l’abominable racisme !

 

Pour consulter le blog de José Herbert, rendez-vous ici!

Un article de La Voix du Nord (22 avril 2015) sur Marcel Houdart ici.

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La Pointe de la Crèche, un personnage?

La Pointe de la Crèche,

par Patrick S. Vast


La Pointe de la Crèche, une falaise qui s’étend entre Boulogne et Wimereux. Bien moins connue que les deux caps, elle possède pourtant un remarquable charme sauvage. Ma première incursion dans les lieux remonte à l’année 1970. En sortie écologique (terme encore peu employé à l’époque), avec ma classe de 1ère, nous avons été accueillis par des cordes qui ont transformé cette expédition pédagogique en douche froide. Je dois avouer que ce jour-là, je n’ai pas capté tout l’attrait du site, pressé que j’étais de me mettre le plus rapidement possible au sec. La véritable rencontre a eu lieu bien des années plus tard où, durant diverses promenades, j’ai exploré, tantôt de son sommet, tantôt de sa base, ce véritable promontoire de grès et de calcaire au cœur d’argile. J’ai été étonné de remarquer que la Crèche, bien que comprise entre une cité portuaire et une station balnéaire, donnait une impression d’univers décalé, de monde empreint de mystère. Façonné depuis toujours par les vents et les marées qui le battent imperturbablement à marée haute, ce géant au plateau verdoyant, était tout à fait propice à voir s’y dérouler une intrigue.

Pointe de la Crèche (photo de Régine Vast)
Pointe de la Crèche

Quand j’ai eu le projet d’écrire un polar basé sur le harcèlement dans les entreprises, l’idée d’une falaise s’est imposée aussitôt. Ce qui s’est appelé au départ « L’esprit d’entreprise », et est devenu par la suite « Boulogne Stress », laisse la part belle à la Pointe de la Crèche que l’on peut considérer comme un personnage à part entière du roman.

 

Un chroniqueur de l’ouvrage ne s’y est pas trompé, puisqu’il a noté qu’à sa lecture, on avait envie de découvrir le lieu, et a même inclus un lien permettant une première approche :

 

 http://www.eden62.fr/pointe-de-la-creche/#

Fort de la Crèche (photo de Régine Vast)
Fort de la Crèche

Oui, sentir le vent fouetter le visage, faire son plein d’iode avec, comme ligne l’horizon, la mer, parfois tumultueuse, parfois paisible jusqu’aux abords de l’Angleterre, procurent un plaisir en phase avec les paysages vallonnés où escarpés qui accueillent le promeneur.

 

La Pointe de la Crèche constitue un personnage romanesque trop parfait, pour que je n’y revienne pas un jour au cours d’une intrigue.


Patrick S. Vast


Retrouvez tout l'univers de Patrick S. Vast sur son blog.

Le livre Boulogne Stress, paru aux éditions Ravet-Anceau, collection Polars en Nord.

Pour en savoir plus sur la Pointe de la Crèche, sur le site du Conservatoire du littoral.

Pour en savoir plus sur le Fort de la Crèche, sur le site de l'association Ford de la Crèche.


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En route vers les tours!

Mont-Saint-Éloi,
vu par Philippe Masselot.

Ma première rencontre avec le Mont Saint Eloi fut épique. Enfin, presque, au regard de ce que le lieu avait déjà abrité au cours de l’histoire.

 

C’était à peu près à cette époque de l’année, un automne venteux et pluvieux, déjà. Un groupe de potes, des vélos, puis une drache comme les cieux nordistes en ont le secret, glacée et intense. Les cris et les rires malgré tout des cyclistes qui s’encouragent mutuellement : en promenade le dimanche, vous n’avez pas de voiture suiveuse. L’averse s’apaise un peu, la route s’élève : si on prend par là, on fera demi-tour avec les honneurs !

 

C’est ainsi que j’ai abordé la côte qui mène aux tours. Ces dernières brillaient sous les rayons d’un soleil qui avait réussi à écarter les nuages. Vision extraordinaire alors que les maillots et les jambes dégoulinaient encore. Un détail amusant : chaque fois que je suis retourné à Mont Saint Eloi (je me l’étais promis ce jour de randonnée) pour y faire les relevés nécessaires à un polar crédible, il faisait beau.

 

Ce jour-là, je mettais enfin une image, j’allais écrire un visage sur un lieu que l’on m’avait souvent cité. Mais à quelles occasions exactement ?

 

Loin de moi l’idée de vous donner un cours d’histoire, les ouvrages abondent. Quel lieu magique ! En feuilletant les archives, j’étais dans la peau d’un archéologue dans les rues de Rome : il n’y a qu’à écorcher la surface pour se retrouver plongé dans l’Histoire (avec un grand H, celle-là). Les secrets d’Abbaye, les guerres mondiales, la fuite des Templiers, la chaussée Brunehaut, il n’y avait qu’à tendre la main, les trésors étaient là. Les secrets aussi, comme dit une autre chanson d’automne. A ce propos, quand j’ai eu l’honneur de rencontrer le maire de la commune, lors de l’inauguration de la médiathèque du village (quel beau moment, pour un écrivain), sa première réaction a été de me demander : "Mais comment avez-vous su, pour… ? "

 

Dans ma réponse, j’ai un peu forcé le trait, rendu plus ardu le travail de terrain : parfois, il est vrai qu’il faut en retourner, de la terre et des archives, des données, pour donner corps à un roman. Là, à Mont Saint Eloi, le lieu avait parlé, m’avait dicté l’intrigue.

 

Aujourd’hui, je reste amoureux de l’endroit, et je le traverse encore avec émotion. Rue Montidien, rue des Tours, des Nobles, mais aussi Salengro, et les chemins.

 

J’ai adoré écrire et partager ce livre. Je sais qu’un jour le commissaire Quartafeira(1) reviendra trainer sa silhouette le long des murs de pierre. Le Mont Saint Eloi fait partie de ces lieux où on aimerait poser ses valises. Ce sera peut-être son cas.

 

Philippe Masselot.

 

(1) Requiem à Saint Éloi, Philippe Masselot, éditions de l’Écailler, 2009.



> Quelques liens à découvrir :

Pour visiter le blog de Philippe Masselot, cliquez ici.

Philippe Masselot sur Eulalie, portail du livre et de la lecture en Nord-Pas-de-Calais.

L'Abbaye du Mont-Saint-Éloi sur Wikipédia.

Le site de la commune de Mont-Saint-Éloi.

Spectacle son et lumière à Mont-Saint-Éloi, les 25 et 26 septembre 2015 (article de La Voix du Nord).


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Flash-back sur Lille 1

MON REGARD SUR LILLE 1

Par Yvon LE ROY

    Quand Christophe, de la librairie Occasions partagées, m’a proposé d’écrire un texte destiné à sa rubrique « Le regard de l’écrivain », j’ai d’abord été flatté. Qu’il ait pensé à moi, qu’il me considère comme tel m’a semblé un honneur ineffable. Je me vois plutôt comme un auteur de romans venu sur le tard à l’écriture. Je dois travailler beaucoup avant de parvenir à un résultat me paraissant acceptable...

 

    Passé le premier doute, puisqu’il me propose de parler de Lille 1, que j’avais abordé ce lieu dans mon roman LOUISE...  j’ai accepté ! Christophe me laissait en choisir l’angle d’observation. L’idée m’a plu. Immédiatement.

 

    L’université de Lille 1 ! Vaste sujet, s’il en est, que je compte aborder d’un point de vue subjectif assumé. Dès le début de ma réflexion, dans un flash back radical, je m’y vois y entrer, jeune étudiant, barbu et chevelu, la guitare à portée de main, en Octobre 1969, plein d’espoir, mais l’inquiétude au ventre : je l’épousai comme de nombreux condisciples, avec l’impression de m’immerger dans un lieu, une nouvelle planète, un monde immatériel et impalpable... Je quittais les murs sécurisants d’une classe prépa, après la réussite à un concours. J’abandonnais une institution ancienne, à l’histoire chargée d’innombrables promos de techniciens, d’ingénieurs ou de professeurs – bref, des métiers bien cadrés – pour entrer dans un no man’s land au sens propre, c’est-à-dire physique, sans beaucoup de repères mentaux et intellectuels.

 

    Bref, un monde inconnu de moi, en devenir, sur un terrain visiblement non délimité, peuplé de bâtiments épars et dont l’accès principal depuis Lille se réduisait à une petite route que nous empruntions deux fois par jour, en bus, en voiture (le covoiturage fonctionnait déjà, et sans internet !) et pour ma part, en Solex quand il fonctionnait... Un lieu en plein champ, à tout vent hiver comme été, où les seuls abris étaient les salles de TP et les amphis avant que ne soient terminées les constructions des premiers restaurants universitaires et leurs cafétérias, des premières résidences universitaires.

 

    Loin de moi l’idée de me présenter auprès des jeunes générations de bacheliers comme un pionnier héroïque. L’ambiance était carrément cool. Nous n’étions pas stressés. L’année 68 était passée par là. Nous avions à nous construire tous, autant que l’Université elle-même. Plus tard, je n’ai plus retrouvé l’harmonie, la symbiose créatrice, l’ambiance studieuse que nos profs, – d’authentiques bâtisseurs ! – avaient installées.

 

    Aux post-ados qui vont y entrer cette année, je dois rappeler que Villeneuve d’Ascq, – comme son nom l’indique – est une ville neuve, sortie des champs, née de la nécessité de développer l’agglomération lilloise, en direction des villages voisins d’Ascq et d’Annappes, en y traçant également des voies de contournement pour le trafic Nord-Sud par le boulevard de Breucq. Aujourd’hui, les mêmes étudiants qui vont y entrer ne plongeront plus dans l’inconnu. Ils se sont préinscrits par obligation, connaissent leurs point de chute, ont réservé des hébergements en résidence ou en ville. Il leur a suffi de consulter un site Internet pour prendre la connaissance détaillée du contenu de leur cursus, de l’emplacement de leurs cours, du cadre de leur vie à venir.

 

    Tout leur monde à venir a été « défriché » par leurs prédécesseurs, même si ses frontières avec l’environnement continuent de s’élargir, accueillant des structures essaimées de la grande université, offrant à ses 20000 étudiants, ses 1600 enseignants-chercheurs, aux 1100 doctorants, ses deux instituts et ses deux écoles d’ingénieurs... des débouchés commerciaux et industriels, des laboratoires privés, des start-up innovantes. Bien plus, si on compte l’ensemble des écoles et des autres universités présentes à Villeneuve d’Ascq qui constitueraient un effectif d’étudiants et de chercheurs d’environ 50000 âmes ! On nage en plein rêve. Que de chemin parcouru depuis les broussailles champêtres...

 

    Lille1 est devenue une ruche bourdonnante, internationalement reconnue, ce qu’elle n’a jamais cessé d’être, ni d’ailleurs de revendiquer au sein même de la métropole, forte de ses projets et de son dynamisme. Lequel a permis, entre autres récemment, la création du laboratoire PRISM, dédié à la vision artificielle au service de la santé, dans son cadre, avec l’INSERM et Lille 2, le Centre Hospitalier Régional et d’études sur le cancer. Aujourd’hui, la recherche de pointe est obligatoirement pluridisciplinaire.

 

    J’arrête de lui passer de la pommade, à cette vielle dame ! Finalement très jeune, elle n’en a guère besoin et n’attend rien de moi qui en suis sorti en 2009, après l’avoir vécue de « l’intérieur »...

 

    Oui, la perception « extérieure » – de mes jeunes années – a bien changé au fil du temps, lorsqu’ayant quitté le statut d’étudiant, j’y suis devenu enseignant en poste l’Institut Universitaire de Technologie (IUT), composante intégrée de l’université. J’étais pourtant dans ses murs depuis 1969, l’avais quittée pour une année aux Arts et Métiers de Lille, en stage pédagogique de clôture de ma formation et j’ai eu la chance d’obtenir en qualité d’agrégé – en son sein, elle qui m’avait nourri ! –, un poste d’enseignant détaché de l’enseignement secondaire parmi les derniers disponibles dans cette catégorie, cela à la rentrée d’Octobre 1974.

 

    L’observateur que j’étais, inquiet et curieux du début, était devenu l’un des acteurs de la vie universitaire, parmi les quelques trois mille membres de son personnel, dont la moitié d’enseignants chercheurs. J’entrai dans le premier cercle des arcanes de cette vaste structure, en me faisant tout petit, car je réalisai rapidement que la hiérarchie jouait un grand rôle dans son fonctionnement.

 

    Je constatai l’écart de statut entre les enseignants détachés de l’enseignement secondaire dans le supérieur – ce que j’étais – et les chercheurs, doctorants ou post-doctorants, assistants, maîtres de conférences, chairmans, directeurs de labos, responsables d’UFR... j’en passe. J’en devinai très vite les conséquences. Nous n’étions pas du même monde. De fait, l’université avait besoin d’enseignants qualifiés à plein temps pour assurer la transmission des disciplines structurantes des cursus. Nous apportions un enseignement de qualité dans les disciplines les plus importantes, laissant aux chercheurs des enseignements de spécialités, souvent des travaux dirigés ou des travaux pratiques. Les maîtres de conférences et les professeurs d’université se chargeaient des cours magistraux dans des amphis bondés. La pédagogie n’entrait pas dans leurs préoccupations. La plupart considéraient secondaires, bien qu’obligatoires, l’horaire réduit de cours qu’on leur demandait d’assurer.

 

    Quant à la conduite des équipes de chaque UFR (unité de formation et de recherche), à l’époque, il n’y avait pas – ou très peu – de directions collégiales comme il s’en crée naturellement aujourd’hui. Le management était le plus souvent orchestré – et c’était le cas des années 80 – par un potentat local, directeur d’un grand laboratoire, mandarin aux larges prérogatives. Parfois un seigneur à la féodalité assumée. Devant lui, il fallait courber l’échine sous peine d’être mis à l’index pour très longtemps. Les directeurs de composantes, à l’image de leur chef, nous apparaissaient parfois comme des répliques, des clones, certains briguant d’avance sa place quand elle serait libre ! Grâce à l’organisation de la recherche, structurée par le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), ce mode de fonctionnement, toléré au départ, ne l’est plus aujourd’hui.

 

    Je me souviens de cette période d’effervescence avec plaisir, car la fraternité et la solidarité entre collègues de même rang existaient bel et bien, créant entre nous une ambiance propice à un bon climat d’études avec les étudiants. Pour le coup, nous défrichions des segments entiers d’une pédagogie à inventer, puisque les IUT venaient d’être créés.

 

    Par la suite, avec le développement de la notoriété de l’Université, de nombreuses sociétés, des PME, de grandes industries se sont tournées, rapprochées d’elle, de ses labos, de ses écoles d’ingénieurs et de son IUT pour y chercher des compétences. Nous pouvions les aider à mettre au point de nouveaux produits créateurs de valeur ajoutée. Lille 1 s’est donc rapprochée de l’économie réelle !

 

    Pour l’entrant néophyte à l’université, il y a lieu d’expliquer en quelques mots, la finalité qui sépare la recherche fondamentale, de la recherche appliquée. La première explore des domaines théoriques, sans but prédéfini, pour le développement des sciences. Les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, entre autres, sont bien sûr concernées. La connaissance profonde de la matière, de l’espace et de l’univers, la mécanique quantique, la théorie de la relativité, etc. ne seraient jamais nées si la recherche fondamentale n’avait pas fait l’objet d’un développement désintéressé.

 

    Ses travaux, le plus souvent théoriques et exploratoires, élargissent parfois en pratique, le champ des applications matérielles. Celles-ci entrent alors de plein droit dans l’objet de la recherche appliquée : elle finalise les découvertes vers un objectif concret, le plus souvent au service d’industries qui pourraient en bénéficier.

 

    Se pose aussi le problème du financement de la recherche. On sait bien que ces structures, quelles qu’elles soient, sont gourmandes en matériels d’étude, en heures de travail du personnel. Il y faut de l’argent et les deniers publics n’y suffisent plus depuis longtemps. La recherche appliquée, communément admise pour sa capacité à concrétiser l’arrivée de produits innovants, représente une source de revenus importante pour les laboratoires qui la pratiquent.

 

    À une époque pourtant, à propos du financement des laboratoires, on opposait les deux types de recherche, dans un vaste débat qui s’est terminé par l’autonomie progressive. À chaque université de trouver les financements complémentaires aux deniers publics pour ses travaux. Évidemment « les fondamentalistes », chantres de la recherche fondamentale, y avaient vu une sorte de trahison. Se compromettre avec un industriel revenait à s’enfermer dans une pensée unique pour ne travailler qu’une voie étroite d’applications potentielles utiles à ce seul financeur. Ils s’appuyaient sur quelques abus dans ce domaine, s’opposant alors à l’état (qui méconnaissait le fonctionnement de la recherche) : celui-ci aurait bien voulu que les laboratoires travaillent davantage sur du concret (pour coûter moins aux contribuables). En son temps, pour l’anecdote, Charles De Gaulle avait prononcé une phrase simpliste au sens profond plutôt abscons, pour dénoncer ce qu’il appelait l’inutilité de certaines recherches (fondamentales) : « Des chercheurs, on en trouve, des trouveurs, on en cherche ! », ce qui, on l’imagine, n’a pas plu au personnel concerné. La portée universelle de la recherche fondamentale au service de l’humanité avait – semble-t-il – échappé au général. Depuis, dès qu’un politique touche à la recherche, il s’en suit toujours une levée de boucliers.

 

    Devenue pragmatique par nécessité, l’université a trouvé un équilibre permettant à la recherche appliquée de cohabiter avec la recherche fondamentale – légitimement soucieuse d’élargir sans entraves, sans limites, son horizon à explorer. Ce ne sont pas les prix Nobel de sciences, ni les médailles Fields pour les mathématiques qui me démentiront. Nous savons qu’elles sont, toutes deux, indispensables à l’humanité, à son développement, l’une épaulant l’autre dans une réciprocité aujourd’hui bien comprise.

 

    J’en viens maintenant à l’observation du campus de Lille1 lui-même, dont l’état – et la perception que j’en ai – ont bien évolué au fil des années.

 

    Du chantier en perpétuel mouvement de ses débuts, où les bâtiments poussaient comme des champignons, – délimitant de plus en plus l’horizon et façonnant un périmètre matérialisé par une sorte de périphérique (Boulevard Paul Langevin) –, jusqu’à aujourd’hui, l’Université – et ses structures essaimées, l’École Centrale, l’IEMN, l’école supérieure de Chimie et bien d’autres – se trouvent maintenant littéralement cernées par un faisceau de voies urbaines, d’autoroutes, de structures commerciales, géantes pour certaines. Avant même que l’arrivée du mastodonte, le stade Pierre Mauroy, ne vienne l’écraser de toute sa hauteur, de sa puissance symbolique, l’enceinte était devenue trop petite et les bâtiments d’application, de recherche, ont dû investir les nouveaux espaces voisins des parcs d’entreprises.

   

    Quand j’y retourne, – moi qui ai connu ses grands espaces verts boisés –, j’étouffe !

 

    Dernièrement, je suis allé voir des collègues, boulevard Langevin. En tournant dans l’allée qui conduit à l’École d’ingénieurs des Télécoms, j’ai été surpris de découvrir une perspective qui s’engouffre littéralement dans le Grand Stade (cf photo ci-dessous). J'ai réalisé le chemin parcouru depuis les

Perspective allée école des Télécoms à Lille 1
Perspective allée école des Télécoms à Lille 1

 

champs, sur ce campus presque désert dont les premiers bâtiments emblématiques – la Rotonde de la B.U. à l’architecture circulaire, les Sciences appliquées, les Mathématiques – existent toujours mais dont les arêtes et les angles ont été gommés, absorbés par les feuillages des arbres qui ont eu le temps de grandir !

   

    Ses modestes perspectives initiales furent très vite estompées d’un trait de crayon graphite, par la courbe aérienne de la première ligne de métro automatique. Elle nous mettait d’un seul coup à 20 minutes du centre de Lille, nous apportant un nouveau confort de vie et la possibilité de nombreux aller-retour quotidiens. Une révolution, et pas seulement technologique !

 

    Je repense, tout de même avec nostalgie, aux pelouses au printemps, aux sentiers, aux bouquets d’arbustes, où nous déambulions pendant les révisions avant les partiels. Ils sont encore présents, distribuant et reliant les bâtiments les uns aux autres dans un apparent désordre, finalement plutôt organisé. Dans les parkings – terrains vagues, nous pouvions arriver juste à l’heure pour le cours et trouver encore une place. Avant l’introduction des portiques, des fossés, butes de terre et autres enrochements contrôlant les accès, nous n’avions aucun souci de stationnement sur les trottoirs crottés ! Tout cela a changé. Il lui fallait de l’ordre devant la multitude des usagers... Nécessité fait loi, dit-on.

 

   

"Louise..." Roman d'Yvon LE ROY (éditions Le Riffle)

    Cette ambiance particulière, je l’ai abordée dans LOUISE... , roman publié en janvier 2014, dont l’intrigue se déroule au centre de cette université. Pourquoi ai-je choisi d’écrire sur Lille 1 et le thème de la recherche ? Sans aucun doute parce qu’il a été mon centre principal d’intérêt entre 1975 et 2009. Bien qu’affecté à un poste d’enseignant, j’ai été associé à nombre de travaux de recherche appliquée par les compétences que j’ai pu développer dans mon travail, au profit des laboratoires, au service d’industries diverses et variées, de la petite PME à la très grande industrie. J’ai pu approcher et participer à son fonctionnement interne, et ainsi bien connaître les relations entre les personnels, selon leurs catégories.

   

    L’idée de ce roman est née des conflits d’intérêt observés, du carriérisme de certaines personnes prêtes à tout pour « avancer », mais aussi de mon regard généreux et fraternel sur la candeur des jeunes chercheurs, pleins d’envie et d’espoirs souvent freinés, quand ils ne sont pas obligés de les ravaler. Je ne veux à aucun titre me présenter en juge ou en arbitre. Sans conteste, l’université crée, fait émerger de nombreux talents, mais comme dans tout groupe social, il faut y défendre


sa place. Que le lecteur se rassure ! Je ne suis pas un « déçu » de l’Université, bien au contraire. J’y ai vécu des aventures industrielles sans précédent à mon échelle. Je sais aussi que parmi celles et ceux qui y entrent ou y entreront, il n’y aura que peu d’élus pour gagner ses plus hautes sphères... Ainsi va la vie. La mienne s’est très bien passée puisque j’ai pu y terminer en 2009, mes 40 années cumulées d’études et d’exercice de mon métier d’enseignant-chercheur, cela dans de très bonnes conditions.

 

    LOUISE... , mon roman, m’a permis également d’exprimer ce que j’avais envie de dire sur les dangers qui entourent les centres de recherche et d’innovation. Par la taille gigantesque que l’institution a atteinte, par la richesse des idées à forte valeur ajoutée que les travaux des chercheurs contiennent, il devient difficile de les protéger efficacement contre la convoitise de « l’extérieur ». Parfois, l’appât du gain, le goût immodéré du pouvoir, la volonté d’ascension et de reconnaissance sociale poussent certaines personnes à la faute ultime, celle par laquelle ils franchissent la ligne blanche de la déontologie, du respect du travail de la collectivité. Je veux rassurer le lecteur : elles représentent une infime minorité. Malheureusement, les dégâts qu’elles occasionnent sont quelquefois impressionnants.

 

    Pour exemple, je veux rappeler l’existence du système « Échelon », institutionnalisé par les anglo-américains ou d’autres réseaux infiltrés étrangers qui ont espionné durant des décennies les travaux de nos chercheurs, que ce soit dans les universités ou dans les lieux d’excellence que sont les pôles de compétitivité, les écoles d’ingénieurs, les grandes sociétés d’application.

 

    Il nous faut cesser de croire qu’une publication universitaire internationale dans de prestigieuses revues suffit à protéger ses applications potentielles. Pour preuve, lorsqu’en 2007, le prix Nobel de physique fut attribué conjointement à deux professeurs, l’un français, l’autre allemand, dans leurs laboratoires respectifs, à propos de travaux sur la miniaturisation des disques durs (technologie GMR, proche de la nanotechnologie). La différence de comportement entre les deux professeurs s’est exprimée dans le pragmatisme allemand : de ce côté, le scientifique avait anticipé la valorisation en déposant des brevets d’application, ce qui n’était pas le cas du français ! Nous sommes de grands naïfs !

 

    Avec LOUISE...  – une vraie fiction, très inspirée pourtant par des éléments de vie vus, vécus ou entendus –, j’ai voulu apporter un modeste témoignage. Naturellement, il s’agit d’abord d’un roman policier, mais il se veut aussi un texte d’aventures romanesques voire sentimentales. Mon livre semble avoir plu aux lecteurs : il a reçu le prix du Roman régional 2015, un prix de littérature décerné par LIONS Club - Nord Pas de Calais Picardie – après une sélection aux salons du Touquet et de Bondues. Une belle récompense pour mon petit travail d’écriture artisanale !

 

    Aux éventuels lecteurs du roman, je ne dirai rien de l’acronyme LOUISE, sinon qu’il est en rapport avec les propos que je viens de tenir. Aux autres, à ceux qui l’ont lu, je demande de garder le silence sur son sens... Gardons le suspense !

 

Yvon Le Roy


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> Le Riffle, l'éditeur de Louise...

> Le blog de la collection Riffle noir, à laquelle appartient Louise...

> L'université de Lille 1.

   

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